Néro n'est plus ! pleurez Néro ! Les cent voix de la Renommée, Sur sa tombe à peine fermée, Disent comme un funèbre écho ;
Néro n'est plus ! pleurez Néro ! L'Europe entière est informée, Que le trépas, cruel bourreau, A mis fin à sa destinée !…
Néro n'est plus ! pleurez Néro ! Qui donc remplacera Néro ? C'était un noble caractère ; Il savait tout voir et se taire,
Muet comme un poisson dans l'eau. Qui donc remplacera Néro ? Qu'en prévision de la guerre, On réformât guêtre… et shako,
Il n'en touchait aucun salaire. Qui donc remplacera Néro ? Il avait du bon sens, Néro ; Il prenait en pitié les hommes,
Et certes, tous, tant que nous sommes, Nous n'allons pas à son niveau ; Il avait du bon sens, Néro ! Quand son maître, à travers royaumes,
S'en allait conquérir… zéro ! Il ne calculait point les sommes, Il avait du bon sens, Néro ! Il vivait tranquille, Néro,
Modeste autant que philosophe, Toujours vêtu de même étoffe, Qu'il fit vilain ou qu'il fit beau, Il vivait tranquille, Néro.
Il n'eut point bravé l'apostrophe. Pour avoir simarre ou manteau, Exempt aussi de catastrophe, Il vivait tranquille, Néro !
Comme il était surpris, Néro, Quand il voyait monter, descendre, Des gens empressés de se rendre, A l'appel d'un titre nouveau,
Comme il était surpris, Néro ! Pour lui tous avaient la voix tendre. On l'eût baisé sur le… museau, Si le maître eût pu voir, entendre !
Comme il était surpris, Néro ! Il aimait son maître, Néro, Sans savoir ce qu'était son maître ! Et, seul, il l'aimait sans connaître,
Quelle pourpre frôlait sa peau ! Il aimait son maître, Néro ! Les courtisans aiment, peut-être, Pour un parchemin, un lambeau,
Qui pourra tenir lieu d'ancêtre… Il aimait son maître, Néro ! Il était fidèle, Néro ! Fidèle comme un terre-neuve.
Seul, un chien peut offrir la preuve, D'un dévoûment si grand, si beau ! Il était fidèle, Néro ! De l'hymen subit-il l'épreuve ?
En alluma-t-il le flambeau ?… Ah ! dans ce cas plaignons sa veuve… Il était fidèle, Néro ! Néro n'est plus ! pleurez Néro !
Déjà la terre le recouvre, Et pour lui l'éternité s'ouvre Avec les portes du tombeau ! Néro n'est plus ! pleurez Néro !
Devant la mort, qu'on se découvre ; Elle rit du sort le plus beau !… Le Cent-Garde qui veille au Louvre, N'en a point défendu Néro !
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