L'air est plein de vagues murmures… Près de la haie où sont les mûres, Que vont dépouiller les enfants ; Dans le sentier et sur la rive,
Des monts, de la plaine, il arrive Des bruits joyeux et triomphants ! Le sont les gais battements d'ailes Des amours fervents et fidèles
S'en allant aux blanches clartés, De la lune qui les contemple, Chercher, pour y bâtir un temple, Les réduits les plus écartés ;
Le sont les souffles, les haleines, S'échappant des corolles pleines Des plus voluptueux parfums ; L'est le palpitement des fièvres,
Le bruit des baisers sur les lèvres, Emportant les ennuis défunts ; L'est, au fond des chères retraites, Le chant et les hymnes secrètes
Des beaux amants fêtant Éros ; Éros, le dieu des guerres douces, Et dont les flèches, sur les mousses, Doublent l'ardeur de ses héros !
Éveille-toi ! — Viens ! les étoiles Pleuvent l'amour ! — Comme les toiles Des tentes de Kédar, que Tyr Pour sa pourpre vive préfère,
Les souples lianes vont faire Des rideaux pour nous garantir ! L'est la nuit aux baisers, mignonne ! Viens ! tu seras ma compagnonne,
Allons-nous-en par les sentiers ; Allons-nous-en par les allées, Où vont les odeurs exhalées Des boutons roses d'églantiers !
La colline en est embaumée ! Éveille-toi, ma bien-aimée, Allons, viens ! donnons-nous la main ; Et nous irons sous la feuillée,
Ivres d'amour à la cueillée Des baisers le long du chemin ! Car ils font oublier les peines, Ils ont la fraîcheur des troènes
Lorsque dans l'air brûle midi ! Et quand tu seras sur ta couche, Je les presserai sur ta bouche, Comme des raisins d'En-Guédi ;
D'En-Guédi, le jardin des treilles, Où les grappes pendaient, pareilles A des colliers de perles d'or ; D'En-Guédi, le jardin mystique,
Où Salomon fit le Cantique Que nous allons chanter encor !
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