O Sénateurs ! Ce vers antique,
Peut aussi s'adresser à vous,
Car la vieillesse rachitique
Est une autre enfance aux yeux doux.
Et c'est en enfant que vous traite,
Hélas ! le cabinet nouveau,
Prenez vite votre retraite,
Pour sauver l'honneur du drapeau.
On ne veut plus laisser de trace,
De votre Sénat glorieux,
Votre Sénat de l'an de grâce,
L'an Mil-huit-cent-cinquante-deux !
Paragraphe par paragraphe,
On sape — ô deuil pour le Sénat !
Le vieux règlement que paraphe,
La main qui fit le Coup d'État ;
La Constitution sacrée,
Le politique Droit-Canon
De la France régénérée,
Par le parjure et le canon ;
Ce viatique, ce mystère,
Que vous, Pontifes, vous gardiez
Dans le calme du sanctuaire,
Où paisiblement vous dormiez.
Il faut, ô Sénateurs austères,
Il faut, ô mes Pères-Conscrits,
Pour éloigner bien des colères,
En déchirer les manuscrits !
La nuit se dissipe et s'achève.
Le Progrès, toujours à l'affût,
Jette son œuvre qui s'élève,
Sur les débris de ce qui fût.
Il faut donc, de vos mains séniles,
O vous, sacrés conservateurs,
Malgré vos plaintes inutiles,
Faire œuvre de démolisseurs !
Je comprends que cela vous choque ;
On fait litière de vos vœux !
Arrachez-vous, puisqu'on s'en moque,
Ce qui vous reste de cheveux !
Vieillards avec vous je m'afflige,
Puis à qui vous contraria :
Maxima debetur, lui dis-je ;
Senibus reverentia !