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1867

Le Sénat

Alexandre DUCROS

O Sénateurs ! Ce vers antique, Peut aussi s'adresser à vous, Car la vieillesse rachitique Est une autre enfance aux yeux doux.

Et c'est en enfant que vous traite, Hélas ! le cabinet nouveau, Prenez vite votre retraite, Pour sauver l'honneur du drapeau.

On ne veut plus laisser de trace, De votre Sénat glorieux, Votre Sénat de l'an de grâce, L'an Mil-huit-cent-cinquante-deux !

Paragraphe par paragraphe, On sape — ô deuil pour le Sénat ! Le vieux règlement que paraphe, La main qui fit le Coup d'État ;

La Constitution sacrée, Le politique Droit-Canon De la France régénérée, Par le parjure et le canon ;

Ce viatique, ce mystère, Que vous, Pontifes, vous gardiez Dans le calme du sanctuaire, Où paisiblement vous dormiez.

Il faut, ô Sénateurs austères, Il faut, ô mes Pères-Conscrits, Pour éloigner bien des colères, En déchirer les manuscrits !

La nuit se dissipe et s'achève. Le Progrès, toujours à l'affût, Jette son œuvre qui s'élève, Sur les débris de ce qui fût.

Il faut donc, de vos mains séniles, O vous, sacrés conservateurs, Malgré vos plaintes inutiles, Faire œuvre de démolisseurs !

Je comprends que cela vous choque ; On fait litière de vos vœux ! Arrachez-vous, puisqu'on s'en moque, Ce qui vous reste de cheveux !

Vieillards avec vous je m'afflige, Puis à qui vous contraria : Maxima debetur, lui dis-je ; Senibus reverentia !

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