Oh ! ma mère ! pourquoi ces pleurs Qu'en secret je te vois répandre ? Tu me dis, hélas ! que je meurs !… Non ; dans le ciel je vais me rendre.
Est-ce mourir d'aller à Dieu Goûter un bonheur sans mélange ? Que de fuir ce terrestre lieu Pour aller vivre comme un ange ?
Lorsque auprès de moi tu veillais, Que la nuit couvrait de son voile Le monde, et que je sommeillais, Sur mon front une blanche étoile
Est descendue, et puis, mes yeux Ont vu de splendides phalanges. Oui, ma mère, j'ai vu les cieux, Les cieux remplis de petits anges…
j'ai vu, mère, j'ai vu Celui Dont tu m'as appris la tendresse, Que tu m'as dit être l'appui Du faible que chacun délaisse ;
Dans des jardins toujours fleuris, J'ai vu bien des choses étranges : J'étais, je crois, au paradis Et je jouais avec les anges.
Nous allions sur des buissons d'or Cueillir des fleurs toujours nouvelles, Que l'on jetait pour prendre encor D'autres fleurs mille fois plus belles,
El nous les tressions en festons Aux accords des saintes louanges ; Au Dieu d'amour nous les offrions, Et Dieu souriait à ses anges.
Devant ce Dieu tout de bonté Je tremblais et n'osais paraître, Quand sur ton fils il a jeté Un doux regard, et ce bon maître
M'a dit : — Je l'ai bien entendu : Veux-tu pour tes mortelles langes Le nymbe d'or ? — J'ai répondu : Je veux rester avec tes anges !
Et quittant alors le bon Dieu, Redescendant vers toi, ma mère, Je suis venu te dire : adieu ! Puis m'envoler loin de la terre.
Mon âme, pour le paradis, Va fuir un corps pétri de fange. Ici-bas si tu perds un fils, Là-haut tu trouveras un ange.
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