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1867

Le printemps de 1871

Alexandre DUCROS

Salut, Printemps ! Les noirs autans, Ont fui nos plaines, Oh ! viens à nous,

Clément et doux, Et les mains pleines, Pleines de fleurs ; Adieu, douleurs !

Adieu, froidures ! Les amoureux, Vont deux à deux, Sous les ramures.

Dans les buissons, Les gais pinsons, Jettent leurs trilles, Et le soleil

Clair et vermeil, Rit aux charmilles. Oh ! sois béni, Pour chaque nid,

Chaque fleurette ! Frais messager, Vois ; le verger. Se met en fête !

Salut, Printemps ! Voici le temps, Où, sur les grèves Et dans les bois,

Tout bas, les voix Chantent leurs rêves ! Dans le sillon, L'humble grillon,

Fait sa prière. Il dit : — « Merci, Printemps ! Voici Fleurs et lumière ! »

Printemps aimé, Tout est charmé, De ta venue ! Et tout le dit,

La fleur au nid ; L'onde à la nue ! Tout est joyeux… Mais soucieux,

Tu nous regardes, C'est triste et doux, Que parmi nous, Tu te hasardes !

Qu'as-tu Printemps, Pourquoi tes chants, Sont-ils moroses ? Dis d'où provient,

Le mal qui vient, Pâlir tes roses ? - « O mes amis ! Ils sont partis,

Loin de la France, « Mes oiselets, Aux gais couplets, Pleins d'espérance !

« Ils ont eu peur, De cette horreur. Qu'on nomme : « Guerre » « Plaine et bosquet,

Hélas tout n'est Qu'un cimetière ! « Pourquoi chanter ? Je viens planter,

Pour fleurs nouvelles, « Fleurs des regrets ; Près des cyprès, Les immortelles ! »

Voyez, là-bas, La plaine, hélas, N'est qu'une, steppe ! « Sur chaque seuil,

Dieu même en deuil, A mis un crêpe ! « Quant au matin, Sur l'aubépin,

Brille une eau pure ; « Perles des fleurs ; Ce sont les pleurs, » De la Nature !

« Plus de chansons !… Vers les buissons, Voici les veuves, « Avec l'enfant ;

Tous, vont cherchant, Des fosses neuves ! » O doux Printemps ! Fleuris nos champs,

A faire envie ! Fécond et fort, Où fut la mort, Refais la vie !

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