Skip to content
1867

Le Pape n'est pas content !

Alexandre DUCROS

L'intrigue règne au Vatican, L'intrigue et surtout la menace ; C'est une rumeur, un boucan… Et le Pape fait la grimace.

Le Concile n'est pas d'accord, Son œuvre ne se fait pas vite, Antonelli s'agite fort, Et Veuillot boit de l'eau bénite.

Les prélats dissidents Français, Avec les prélats d'Allemagne, En plein concile, avec succès, Tiennent hardiment la campagne.

Qu'on les damne, ça n'y fait rien, Mordicus, ils diront à Rome, Que le chef du monde chrétien, Peut faillir tout comme un autre homme,

O pauvre, pauvre Papauté, Comme sans respect on te sape ! O sombre, ô noire impiété… C'est à dégoûter d'être Pape !

Rome succombe !… Elle périt !… A ce sujet je veux bien vite Vous raconter, triste, contrit, Une historiette inédite.

Le Pape, un jour va trouver Dieu : — « Père éternel, sauvez l'Église ! Venez la relever un peu, Venez, Seigneur ; Elle agonise !… »

Dieu lui répond : — « Venir là-bas ? Je le voudrais, mais, ô saint homme, A mon fils j'ai cédé le pas, Pour administrer mon royaume ;

« Allez le voir ; je ne peux rien, Sur terre tachez qu'il vous suive, S'il y consent, je le veux bien. » Le Pape vers Jésus arrive.

— « Jésus ! divin crucifié, Lui dit-il, — O fils de Marie ! De votre Église ayez pitié, Par ma voix, vers vous elle crie.

« Encore un jour, et vos autels, D'où montent l'encens et les strophes, Crouleront sous les coups mortels, Des penseurs et des philosophes.

« Les affaires vont mal, très mal ; On rit tout haut de nos oracles ; On n'a plus qu'un zèle inégal, On ne veut plus croire aux miracles !

« Si cela continue ainsi, Il nous faudra fermer la porte. De votre Église ayez souci, Car la foi se meurt… elle est morte !

« Le mon pouvoir spirituel, On parle sans trop de malice, Mais on s'attaque au temporel, Le plus clair de nos bénéfices ! »

Jésus, mort pour nous sur la croix, Jésus, le doux, le Dieu fait homme, Lui répondit : — « Parlez ! Je crois Que vous plaidez un peu pour Rome ?

« N'importe ; vite, dites-moi, Pio Nono, ce qu'il faut faire ? » — « Seigneur, pour raviver la foi, Il faut redescendre sur terre !… »

— « Qui ? Moi ? reprendre mon essor, Vers les hommes ? — roi des Lévites, Ils me crucifieraient encor, S'ils sont ainsi que vous le dites.

« L'un de ceux mêmes que j'aimais, Me livra pour une humble somme… Ah ! si l'on m'y reprend jamais, Eh bien… j'irai le dire à Rome !

« Non. — Allez voir le Saint-Esprit, Et tous deux entrez en campagne. Allez ! bonsoir ! dit Jésus-Christ… Et que ma paix vous accompagne !… »

Le pape se mit en chemin, Et tout cheminant se lamente. Il fait part à l'Oiseau Divin, Du grave objet qui le tourmente.

La colombe, que le Seigneur Envoya visiter la Vierge, Lui dit : « Partons… soyez sans peur !… » Mais voilà que le Saint Concierge

Au lieu de tirer le cordon Dit à l'oiseau qui cric et frappe : — « Ma Colombe, où courez-vous donc ? » — « Je vais sur terre, avec le Pape. »

— « Sur terre ?… voici du nouveau ! Mais, c'est courir à votre perte… Restez ici, Divin Oiseau, Sur terre la chasse est ouverte !…

« Et les hommes sont si méchants, Que dans leur malice cruelle, Ils pourraient bien, à travers champs, Vous envoyer du plomb dans l'aile !… »

— « La chasse est ouverte ?… bonsoir ! Répond la Colombe alarmée ; Mon cher Pape, j'irai vous voir, Quand la chasse sera fermée. »

Voila comment, penaud, vieilli, Privé des divines lumières. Malgré Veuillot, Antonelli, Le Pape est mal dans les affaires !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Le Pape n'est pas content ! · Alexandre DUCROS · Poetry Cove