Le carnaval s'en est allé.
Ah ! mon dieu, qu'il était morose !
Qu'il était triste, désolé,
Sous son plâtre teinté de rose.
Que sont devenus les beaux jours,
Des lazzis et des mascarades,
De la folie et des amours,
Des danses et des sérénades ?…
Jadis le carnaval joyeux,
Courait et sautait dans la rue,
Comme un poulain impétueux,
Qui par les prés bondit et rue.
Aujourd'hui, honteux et muet,
Il se montre à peine ou se cache.
Le Chicard au lieu d'un plumet,
Prend au corbillard son panache !
Elle a fêlé tous ses grelots,
Cette vieille gaîté gauloise,
Dans les salons où coule à flots,
La sottise lourde et bourgeoise !
Eh ! peut-il en être autrement,
Par ce règne du tripotage,
Où tout, jusques au sentiment,
Est affaire d'agiotage ?
Où tout s'escompte, où tout se vend,
Où l'on veut gagner gros et vite,
Où l'or d'un fripon bien souvent,
Lui tient lieu d'honneur, de mérite ;
Où tout n'est que ficelle et truc,
Où l'on rit des grands sacrifices,
Où tout est recouvert en stuc ;
Les hommes et les édifices ;
Où le chemin, le seul choisi,
Est celui de la ligne courbe,
Où tout est faux, louche, moisi,
Où le plus franc est le moins fourbe !
O Carnaval vif et moqueur,
Oui, ton visage était fantasque,
Mais aujourd'hui, c'est sur le cœur,
Que les hommes mettent un masque !