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1867

La sœur Saint-Antoine

Alexandre DUCROS

Sur le parvis de Notre-Dame, Un corbillard stationnait, Attendant le corps d'une femme. D'une sainte ! — Et chacun pleurait.

La sur Saint-Antoine était morte, Après avoir sur son chemin, Pendant soixante ans, humble et forte, Aux souffrances tendu la main.

Auprès du lit où l'agonie, N'a que l'isolement affreux, Sa charité, douce, infinie, Versait le baume aux malheureux.

Elle était la Foi qui console, Elle était l'Espoir qui soutient, Et son regard et sa parole, A qui souffrait faisaient du bien.

Elle inondait la route amère, Des clairs rayons de sa douceur ; L'Orphelin lui disait : — « Ma mère ! » Et le sans famille : — « Ma sœur ! »

Je n'aime point ces confréries. Où des êtres claquemurés, Chantent les longues Litanies Des extatiques désœuvrés !

Leur zèle à tous est inutile, Et le monde sait ce que vaut Cette dévotion stérile, Que Dieu rejettera Là-Haut !

A quoi bon la ferveur qu'affiche, Cet ordre pouilleux que voilà, Gueusant la pièce avec la miche ? Grands paresseux que ces gens-là !

Mais, cet essaim béni de femmes, Qui, pleines d'abnégations, Ont saintement fermé leurs âmes, Au monde, à ses séductions ;

Qui, fuyant les bruyantes fêtes, S'en vont avec humilité, Au fond des pieuses retraites, Pour secourir la pauvreté ;

Saintes filles que rien n'effraie, Dont rien ne ralentit l'ardeur, Ni du corps la béante plaie, Ni celle plus grande du cœur ;

Qu'on les aime, qu'on les respecte ! Se dévouer, tel fût leur vœu, Leur mission n'est point suspecte ; Elles sont bien Filles de Dieu !

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