J'étais le plus gai des Jokos, Là-bas, vers nos riantes côtes, On m'enlève aux bois de cocos, Pour la grand'ville des cocotes !
Malgré le pompeux appareil, Dont m'entourent des mains illustres, Je regrette mon beau soleil, Que ne remplacent point les lustres !
Et je rêve, et je pleure encor, En songeant aux rives lointaines, Car mes chaînes pour d'or, Hélas ! n'en sont pas moins des chaînes !
Oh ! le grand bois tout parfumé ! Quand la guenon dans la nuit bleue, Guette l'approche de l'aimé, Pendue aux branches… par la queue !
Si pour distraire mes ennuis, Dans le palais, où je soupire, Si pour oublier où je suis. La nouveauté venait m'instruîre ?
Mais, non ! ici comme là-bas, Vers les palmiers qui m'ont vu naître, Ce sont des bonds et des ébats De courtisans sous l'œil du maître !
Comme ils sautent ! qu'ils sont adroits ! Oh ! que ces hommes sont habiles ! On ne saurait trouver, je crois, Des plus souples, mains plus agiles !
Je disais : — « Oublions nos maux, En étudiant où nous sommes. » Mais je trouve encor des Jokos, Où je croyais trouver des hommes !
Et tout honteux je me tiens coi, Et je rougis et je sanglote, Et pour avoir pitié de moi, Je n'ai pas la moindre Jokote !
Courtisans, sautez tour à tour. Sous l'habit brodé, le beau linge, Mais craignez, que le maître, un jour, Ne vous paie en monnai de singe !
J'étais le plus gai des Jokos, Là-bas, vers nos riantes côtes, On m'enlève aux bois de cocos, Pour la grand'ville des cocotes !
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