Skip to content
1867

La Nostalgie de Joko

Alexandre DUCROS

J'étais le plus gai des Jokos, Là-bas, vers nos riantes côtes, On m'enlève aux bois de cocos, Pour la grand'ville des cocotes !

Malgré le pompeux appareil, Dont m'entourent des mains illustres, Je regrette mon beau soleil, Que ne remplacent point les lustres !

Et je rêve, et je pleure encor, En songeant aux rives lointaines, Car mes chaînes pour d'or, Hélas ! n'en sont pas moins des chaînes !

Oh ! le grand bois tout parfumé ! Quand la guenon dans la nuit bleue, Guette l'approche de l'aimé, Pendue aux branches… par la queue !

Si pour distraire mes ennuis, Dans le palais, où je soupire, Si pour oublier où je suis. La nouveauté venait m'instruîre ?

Mais, non ! ici comme là-bas, Vers les palmiers qui m'ont vu naître, Ce sont des bonds et des ébats De courtisans sous l'œil du maître !

Comme ils sautent ! qu'ils sont adroits ! Oh ! que ces hommes sont habiles ! On ne saurait trouver, je crois, Des plus souples, mains plus agiles !

Je disais : — « Oublions nos maux, En étudiant où nous sommes. » Mais je trouve encor des Jokos, Où je croyais trouver des hommes !

Et tout honteux je me tiens coi, Et je rougis et je sanglote, Et pour avoir pitié de moi, Je n'ai pas la moindre Jokote !

Courtisans, sautez tour à tour. Sous l'habit brodé, le beau linge, Mais craignez, que le maître, un jour, Ne vous paie en monnai de singe !

J'étais le plus gai des Jokos, Là-bas, vers nos riantes côtes, On m'enlève aux bois de cocos, Pour la grand'ville des cocotes !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
La Nostalgie de Joko · Alexandre DUCROS · Poetry Cove