Hoenzollern exulte et le Germain respire ; Un immense soulagement A dilaté le cœur des sujets de l'Empire, Et calmé le ventre Allemand.
Il pourra digérer, cuver dans la taverne, En paix, le ferment des houblons, La joie éclate enfin au pays où gouverne L'Empereur des ivrognes blonds.
L'homme en qui s'incarnait la revanche implacable, Le tribun au verbe invaincu ; L'homme à la foi robuste et tenace, impeccable, L'ardent patriote a vécu !
Gambetta ! Ce nom seul aux oreilles germaines, Sonnait comme un clairon d'airain ! Et les ans s'écoulaient courts comme des semaines…
Et tous regardaient vers le Rhin ! Il s'élevait un bruit mesuré de ses grèves ; Un bruit de régiments au pas !… Puis, en proie aux terreurs de fantastiques rêves,
Qu’Hoffmann ne raconterait pas, La nation gloutonne aux yeux bleus de pervenche Que le servilisme hébéta, Criait : « voici le jour sanglant de la revanche,
Que nous réservait Gambetta ! » Mais aujourd'hui la peur ne tient plus aux entrailles. Ce peuple affolé de pillards ; Il laisse aux arsenaux ses engins de mitrailles,
Qu'il se forgeait de nos milliards. Il dit : « Buvons ! chantons ! pour nous commence une ère Plus calme, et notre ciel est clair ; Celui qu'on redoutait comme un coup de tonnerre,
A disparu comme un éclair ! Si la France est en deuil, si la nation pleure, Ne buvez pas ! ne chantez pas ! La foudre ébranlera, lorsque sonnera l'heure,
La terre où titubent vos pas ! L'homme au grand cœur n'est plus, mais le cœur de la France, Sur qui son souffle avait passé, N'a point dans un cercueil cloué son espérance ;
Sa haine n'a point trépassé !
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