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1867

« La Lanterne »

Alexandre DUCROS

C'est faire œuvre de Charité, Que d'illuminer la nuit sombre, Et de guider vers la clarté, Ceux qui vont se heurtant dans l'ombre,

C'est là ton œuvre, ô Rochefort ! Malgré le vent soufflant très fort, Puisque notre horizon est terne, Que chacun de nous pourrait voir,

A la place du blanc, du noir ; Allume ta Lanterne ! Montre les cailloux du chemin, Les fondrières de la route.

Marche ta Lanterne à la main, Devant nous qui n'y voyons goutte. Cet endroit n'est pas écarté, Mais il manque un peu de clarté,

En face de cette caserne ; On peut se blesser aux faisceaux ; Pour les myopes et les sots, Allume ta Lanterne !

Où sommes-nous ? Je n'y vois plus… J'entends des clameurs… quel tapage De nos Députés, nos élus, Je distingue l'ardent langage.

Mais une chose me confond ; Dans ce palais on leur répond Par l'ironique baliverne ! Sur notre Doit et notre Avoir,

Hélas ! ils ne peuvent rien voir… Allume ta Lanterne ! Marchons toujours, nous finirons Par arriver peut-être au gîte,

Alors nous nous reposerons… En attendant, marchons plus vite. Mais n'allons pas nous séparer ; On court risque de s'égarer…

Qui veut aller seul, on l'interne ! Pour n'avoir rien à redouter, Pour nous connaître et nous compter, Allume ta Lanterne !

Hélas ! dans cette obscurité, Qui pourrait vous faire un reproche ? On nous dit : — « Prenez ce côté. » Le côté droit, jamais le gauche.

Mais côté gauche ou côté droit, Nous demandons le chemin droit. Je crois, mes amis, qu'on nous berne ; On nous fait patauger toujours,

Dans des chemins pleins de détours… Allume ta Lanterne ! Malgré la nuit couvrant les cieux, La nuit qui devient plus épaisse,

On nous dit de fermer les yeux, De nous laisser mener en laisse. J'ai confiance, — mais pourtant, Voit-il le jour plus éclatant,

Celui qui nous gouverne ? Tout en nous criant : — « Casse-cou ! » Il nous fera rompre le cou… Allume ta Lanterne !

Lorsque l'aurore paraîtra, Éclairant les routes nouvelles, Chacun de nous s'arrêtera, Devant ses splendeurs immortelles !

Et, tous, nous bénirons le jour, De paix, de concorde, d'amour ; Adieu, chassepot et giberne ! O vieux monde, tu renaîtras,

Et toi, Rochefort, tu pourras, Éteindre ta Lanterne !

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