Je suis l'âme de la Patrie. … . Je grandis aux jours du danger, Pour vaincre et chasser l'étranger Du sol de la France meurtrie.
Vingt ans de bassesse et d'affront Vous avaient fait courber le front, Vous, dont l'Europe était jalouse. Et l'on disait avec mépris :
— « Ces hommes ne sont pas les fils Des hommes de Quatre-vingt-douze ! « Où sont donc les mâles vertus De ces vieux preneurs de bastilles,
Qui, partant pieds nus, en guenilles, Bataillant et jamais battus, Aux accents de la Marseillaise, De la République Française,
Couvraient de gloire le berceau ! D'un bond franchissaient la frontière Et couraient sur l'Europe entière, Liberté, planter ton drapeau ?
« Où sont-ils ces obscurs célèbres ? Dans leur suaire ensanglanté, Dort avec eux la Liberté ; L'ardent flambeau s'est fait ténèbres !
Les fils, lâches, indifférents, Tendent aux chaînes des tyrans Leurs mains d'où l'épée est tombée ! La France, grande nation,
Sous la honte et l'abjection, Comme un esclave s'est courbée ! » Mensonge ! La France est debout ! Elle dormait ; elle s'éveille !
Et l'hymne sainte de Marseille, Gronde comme une mer qui bout ! Et ses strophes comme des ondes Impétueuses et profondes,
Montant sous les deux irrités, Par toutes les voix de la France, Jettent le cri de délivrance, Au front des rois épouvantés !
Les yeux fixés sur nos rivages, Depuis longtemps les potentats, Tremblant pour leurs propres états, Voyaient se former des orages ;
Ils sentaient leurs trônes crouler, Un vent venait les ébranler, Et ce vent-là soufflait la France ! La France, malgré sa torpeur,
Aux rois faisait encore peur ; Elle troublait leur assurance. Ils avaient dit : — « Égorgeons-la. » Exécuteur des hautes œuvres
Des royautés, — nids de couleuvres ! — Guillaume répond : — « Me voilà ! » Et sachant l'Empire sans force, Sans un boulet, sans une amorce,
Dix contre un, il vint se ruer Sur cette France Impériale, Que déjà de sa main fatale, Bonaparte avait su tuer !
Mais, soudain à travers la nue, Une voix terrible a crié : — « Guerre à mort ! Guerre sans pitié ! Guillaume, ton heure est venue !
Pour combattre tes bataillons, Pour les coucher dans les sillons Comme les blés mûrs dans la plaine, Regarde accourir triomphants,
Les fiers, les généreux enfants De la France Républicaine ! Il luit enfin le jour si beau, Le jour des saintes représailles,
Où des pierres de nos murailles, Nous te bâtirons un tombeau ! Guillaume, où sont tes arrogances, Tes hauts faits, tes lâches vaillances ?
Que font tes reitres insolents, Tueurs d'enfants, bourreaux de femmes, Égorgent-ils, soldats infâmes, Quelques vieillards à cheveux blancs ?
Qu'ils viennent donc ! — Paris se lève ! Pleuvez boulets et biscaïens ! C'est fête pour les citoyens ; Paris a ressaisi son glaive !
Sublimes abnégations ! Qu'importe les privations ? Il faut que l'Europe pâlisse Devant Paris prêt au combat,
Et criant aux hommes d'État : — « Guerre ! guerre ! pas d'armistice ! » Citoyens, prenez vos fusils ; Femmes, enfants, prenez des pierres !
Que tout soit armes meurtrières, Et le salpêtre et les outils ! Levez-vous ! ruez-vous en foule ! Il faut, ou que Paris s'écroule,
Ou que le Prussien détesté, Affreuse horde germanique, A coups de canon… ou de trique, De notre sol soit rejeté !
En avant, citoyens ! Courage ! Que les drapeaux flottent au vent ! La mesure est comble ! en avant ! Assez de honte, assez d'outrage !
Prussiens, Saxons et Bavarois Connaîtront les pâles effrois, Et les terreurs et les alarmes ! Ils crieront devant nos succès ;
— « La victoire tourne au Français, Puisque Paris a pris les armes ! » O Guillaume, tu te vantais De réduire la Grande Ville !
O Roi ! fanatique imbécile, De nous vaincre tu te flattais ? Irrité de notre défense, Invoque donc ta providence,
Brute mystique, roi félon ! Tu peux envoyer tes cohortes, Guillaume, pour t'ouvrir nos portes, Nous n'avons plus Napoléon !
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