C'est le comble ! — Il devait finir ainsi, cet homme. Nous tous, naïfs, nous avions dit : — « Il se fera tuer. — C'est un gueux, mais en somme, La bravoure plaît au bandit.
C'est une occasion, il forcera l'Histoire, A tenir compte de sort nom ; Il enveloppera d'un suaire de gloire Les crimes de Napoléon.
Il se fera tuer, sans doute. — Cette chance Nous révolte ? il la saisira. C'est un moyen pour lui d'éviter la potence ; Le parjure en héros mourra.
Le bonheur jusqu'au bout suivra ce pleutre auguste, Ce César que l'on eut pendu, Il mourra bravement ! — Ah ! le ciel n'est pas juste… » Le ciel est juste ; — il s'est rendu !
L'autre César qui dort sous le glorieux dôme, L'oncle de ce lâche vantard S'est levé dans sa nuit pour crier à Guillaume ; — « Sire, souffletez ce bâtard.
Ce n'est pas mon neveu, c'est un escroc, un drôle, Sous sa pourpre regardez bien, Il doit être marqué d'un fer rouge à l'épaule, Sire, son sang n'est pas le mien.
Ce n'est pas mon neveu ! » « — Si, grand homme ! — ce fourbe, Qui des serments se fit un jeu. Qui prit pour arriver, la ligne sombre et courbe, O Géant, c'est bien ton neveu !
C'est bien comme l'a dit le poète sublime, Avec l'ïambe au vers hautain, Le juste châtiment, ô Corse ! de ton crime, C'est la Vendetta du destin !
Fils de la liberté tu bâillonnas ta mère, Et nouveau Néron détesté, Tu plantas le couteau de ton Dix-huit Brumaire, Dans les flancs qui t'avaient porté.
Et tu partis alors, superbe faucheur d'hommes, En tes rêves inassouvis, Faire, au bruit des clairons, ta moisson de royaumes, Pour tes lieutenants éblouis !
Les peuples frémissaient, les rois courbaient la tête, Tu disais : — « Le monde est à moi ! Je déchaîne ou j'apaise à mon gré la tempête ; L'univers subira ma loi !
Mon Aigle d'un coup d'aile escalade la cime, Où nul encore n'atteignit, Dans des flots de splendeurs il va noyer mon crime, L'homme n'est plus ; le Dieu surgit ! »
Tu disais tout cela ? — Mais regarde… regarde, Pour faire trébucher le dieu, Cette main qui filoute et cet œil qui moucharde, Regarde bien ; c'est ton neveu !
Il rampe où tu marchais ; où tu montais, il grimpe. Tu pâlis ? — Oh ! ce n'est pas tout ; Il s'accroche à ta gloire immense et de l'Olympe, La précipite dans l'égout !
L'héritage sublime est comme une défroque Qu'on revend eux impurs bazars ; La pourpre impériale est une immonde loque, Dont s'ébaudissent les Césars ;
Le glaive d'Austerlitz, fulgurant d'étincelles, Où, phalènes d'or aux abois, Les vieilles royautés venaient brûler leurs ailes, Se transforme en sabre de bois !
Et, comme s'il était trop lourd pour sa main vile, En face du monde étonné, Il le dépose aux pieds d'un teuton imbécile, D'un vieil ivrogne couronné !
Qu'en dis-tu ? penses-tu que ta gloire superbe Y résiste, Empereur premier ? Tu pris soin de former ton héroïque gerbe ; Après la gerbe, le fumier !
Donc, tu n'es pas absous ; le dieu redevient homme, Dans cet ignoble désarroi ; Ta gloire disparaît, elle est moins qu'un fantôme, Ton crime seul reste avec toi !
Oh ! honte ! — il s'est rendu ! — Mais la France demeure ! Et du gouffre sombre, béant, Où son bras la poussait, préservée à cette heure, Elle jette un cri de géant ;
Elle appelle ses fils, sainte mère jalouse, De leur antique fierté, Elle appelle ses fils comme en Quatre-vingt-douze, L'an de gloire et de liberté !
Et ses fils sont debouts, prêts à mourir pour elle ; Il est de fécondants trépas ! L'ange de la patrie a touché de son aile, Des fronts qui ne pâliront pas !
O Guillaume, entends-tu sur la place publique, Ces cris, effroi de tes Prussiens ?… — « L'Empereur s'est rendu ?… — Vive la République ! » Et nous : — Aux armes ! citoyens !
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