Il m'en souvient, voici longtemps !
J'avais un cœur croyant et tendre,
Je le gardais jusqu'à vingt ans,
Puis un soir la mort vint le prendre !
Le prendre en son berceau doré,
Que balançait un heureux songe…
Il fut tué par le mensonge !
O mon pauvre cœur enterré ;
Miserere !
Miserere !
Il était simple et confiant,
Toujours dans une paix profonde,
Il ne s'endormait qu'en priant.
En priant Dieu pour tout le monde.
Il vivait tranquille, ignoré,
Lorsqu'un jour, avec son escorte,
L'amour vint frapper à sa porte…
O mon pauvre cœur enterré ;
Miserere !
Miserere !
— « Viens ! lui dit-il, viens ! suis mes pas ! »
Mon cœur suivit l'amour funeste…
Hélas ! je ne vous dirai pas
Du voyage quel fut le reste !
Mais il revint tout ulcéré,
Pleurant l'illusion perdue.
Sa voix ne fut pas entendue !
O mon pauvre cœur enterré ;
Miserere !
Miserere !
— « Adieu, mon ami, me dit-il,
Que ma mort par toi soit bénie ;
Élie t'affranchit du péril
Et te fait libre de ta vie !
Tu peux la conduire à ton gré,
Sur mon cercueil jette ces roses,
Mortes, hélas ! à peine écloses ! »
O mon pauvre cœur enterré ;
Miserere !
Miserere !
Il rendit le dernier soupir
En murmurant une prière.
L'oubli, qui l'avait'fait mourir,
L'escorta seul au cimetière !
Il dort dans un coin ignoré,
Ce doux ami de ma jeunesse
Il parfumera ma vieillesse,
De son parfum évaporé…
Miserere !
Miserere !