Il a fui ! Pourquoi donc ?… Après tout, qu'il s'en aille, C'est un Bonaparte de moins. Son ombre salissait en passant la muraille, Qu'il rasait pour fuir les témoins.
Il sortait rarement si ce n'est quand la brume Étendait ses voiles malsains, A cette heure où s'en vont dans leur abject costume, Les grinches et les assassins.
Ceux-ci le connaissaient. — Ils disaient : — « C'est un frère ! » Ils ajoutaient : — « C'est un veinard ; Il est bien épaulé ; le bougre peut tout faire, Et se tirer du traquenard ;
Son cousin — l'Empereur, — un des nôtres, encore ! Ferme les yeux sur ses bons tours, Comme il a le bras long, il fait que tout s'ignore, On le fait acquitter à Tours ! »
Il a fui ! — Pourquoi donc ? Lorsque Paris en armes S'apprête à chasser l'étranger ; Quand les mères en deuil même séchent leurs larmes, Songeant aux morts qu'il faut venger !
Quand l'enfant transformé demandant la bataille, L'œil intrépide, front levé, Ajuste un grand fusil à sa petite taille, Et fait résonner le pavé ;
Quand la Patrie enfin, terrible, échevelée, Entonne : — « Aux armes ! Citoyens ! » Quand tous voudraient partir dans l'ardente mêlée, Broyer les insolents Prussiens ;
Quand le péril est grand, quand c'est la mort peut-être Qui sonne en France le tocsin, Infidèle à l'honneur, au devoir ! — Lâche, traître, Il fuit, monseigneur l'assassin !
Que craint-il ? Et pourquoi déserte-t-il la lutte, A l'heure où le pays combat ? Ah ! C'est qu'il a déjà flairé, senti la chute, De l'Empire qui se débat ;
L'Empire conspué, l'Empire impopulaire, Où son bras venait s'appuyer. Il a senti passer comme un vent de colère, Le souvenir du dix janvier !
Tuer dans un salon, derrière une broussaille, Rien de plus simple que cela. Mais se battre en plein jour, en ligne de bataille, On s'esquive comme à Zaatcha !
La fuite, n'est-ce pas le refuge suprême Des aventuriers sans pudeur ? Il a fui ?… C'est fort bien ! — Il s'est jugé lui-même : Vil assassin et déserteur !
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