O Muse blonde, aux ailes bleues,
Prends ton vol, ton vol le plus sûr ;
Du monde éthéré de l'azur
Franchis les poétiques lieues.
Prends, en passant, aux verts buissons,
Aux nids frêles, aux nids de mousses,
Prends les parfums, les senteurs douces
Et les amoureuses chansons ;
Prends les larmes dont la rosée, —
La prairie en est arrosée —
Brode le manteau sans pareil
De la nature énamourée,
Puis, de la grenade empourprée ;
Prends les gouttes de sang vermeil,
Et va trouver ma jeune amie,
A cette heure encore endormie.
Va murmurer à son réveil :
— « Voici les parfums, pur dictame,
Et voici les chansons de l'âme,
Les larmes divines d'amour !
Et le sang du cœur que consume,
La tendresse ardente qu'allume
Ton regard, aube d'un beau jour ! »
Dans le missel de ses pensées,
Relis les strophes cadencées,
Et les répons et les couplets ;
Guette le réveil sur sa couche,
Et sur les perles de sa bouche,
Sur ces perles, blancs chapelets,
Dès que paraîtra la lumière,
Récite ma longue prière,
Et recommence et baise-les !