Depuis le baiser de tes lèvres,
Mon sang brûle d'ardentes fièvres,
Mon rêve va je ne sais où…
Oubliant ma tristesse amère,
Sur le dos bleu de la chimère.
Je vagabonde comme un fou !
Et ton cher regard m'ensoleille,
Et mon espérance est pareille
A l'espérance des vingt ans ;
Dans mes sentiers hier moroses,
Tu fais pleuvoir toutes les roses
Dont se parfume ton printemps !
Car dans mes bras je t'ai tenue,
Et de ta gorge toute nue,
J'ai baisé le paros mouvant ;
Ardente fille de Bohème,
Tu m'as fait lire le poème
De ton corps, poème vivant !
Et depuis lors, ô mon amante !
Le baiser d'Éros me tourmente,
Défiant les flots du Léthé ;
Si je dors, le désir m'éveille,
M'aiguillonnant comme l'abeille
Par un jour rutilant d'été !