Allons, mets la chemise blanche, Laisse tenailles et rabots, Rude ouvrier, voici dimanche, Dimanche, le jour du repos.
Les violettes, les pervenches, Dans les bois embaument déjà. Les oiseaux chanteurs, dans les branches, Entonnent un Alléluia.
C'est Dimanche I — La grande ville, Aux milliers de voix et de bras, Paris, si bruyant, est tranquille, Comme Brives ou Carpentras.
C'est Dimanche ! C'est jour de fête ! Dans le ciel bleu rit le soleil, Et pour ajuster sa toilette, La nature sort du sommeil.
C'est le jour des franches ribotes, Des champêtres ébattements, Et des douteuses gibelottes, D'où sortent des miaulements !
On chante, on boit, on fait ripaille. Il faut bien arroser un peu. Tous ces gosiers que la limaille, Pendant six jours a mis en feu !
Aux yeux qu'ont obscurcis les veilles Des ateliers, noires prisons, Il faut bien offrir les merveilles, Des magnifiques horizons ?
A ces oreilles assourdies, Par le bruit du fer et du bois, Il faut de pures harmonies, Pour les récréer quelquefois !
Laissez donc, retroussant sa manche, Brutalement, mais à plein cœur, L'ouvrier courir le dimanche, Après un moment de bonheur.
Si facilement on l'exalte, Si pour lutter ses bras sont prêts, C'est qu'il ne veut point voir de halte Dans les étapes du progrès.
Mais, ce n'est pas lui qui déserte L'atelier pour le carrefour, Lorsque l'émeute crie : « Alerte ! » Et dérange à peine un faubourg ;
Il ne sort pas de ces enceintes Où pour arme il a son outil. Aux jours de rebellions saintes, C'est alors qu'il prend un fusil !
A son courroux il s'abandonne, Des rois il prononce l'arrêt, Et dans ses mains il brise un trône, Comme un enfant brise un jouet !
Allons ! mets la chemise blanche, Laisse tenailles et rabots, Rude ouvrier voici dimanche, Dimanche, le jour du repos !
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