Non ! vous ne voulez pas armer la Capitale, Malgré le cri des citoyens. Une heure de retard peut nous être fatale… Attendez-vous donc les Prussiens ?
Chaque jour l'ennemi fait un pas sur nos terres, Il vient !… Il avance !… Il est là ! Et vous argumentez, tribuns plébiscitaires ? Voilà l'ennemi ! Le voilà !
Si vous êtes Français, descendez de vos stalles, Où vous défiez le destin, Donnez-nous un fusil et transformez en balles, Les boules de votre scrutin.
Savez-vous, à la fin, que le peuple demande, D'où vient votre hésitation ? En face du péril une lenteur si grande, Semble presque une trahison !
Songez-y ! car Paris tranquille à la surface, Fixe des yeux ardents sur vous ; Sous un calme apparent il cache la menace, Qui demain deviendra courroux !
Si tu tiens à sauver l'Empire qui chancelle, L'Empire lâche et vermoulu, Empêche que Paris irrité se rebelle, O Parlement irrésolu.
S'il demande un fusil, ne crois pas qu'il conspire, C'est que les Prussiens sont venus, C'est qu'il veut les chasser !… Quant à tomber l'Empire, Il n'aura qu'à souffler dessus !
Un fusil ! Un fusil. Car l'atelier se ferme, Car le travail est arrêté, Car toute patience à la fin trouve un terme, Devant l'opiniâtreté !
Nous serons patients tant que dans nos demeures, Nous aurons un morceau de pain, Mais nous crierons : « Assez ! » quand sonneront les heures, Les heures sombres de la faim !
Ne les attendez pas ; elles seraient terribles, Et vous feriez de vains efforts, Quand du vase trop plein les haines indicibles, Couleraient rouges à pleins bords !
— « Un fusil ! Un fusil ! » c'est le cri que répète La Capitale, — mais, demain, Si vous demeurez sourds, il se peut qu'elle jette Cet autre cri : « du Pain ! du Pain ! »
Et vous serez perdus, et la France meurtrie, Pour qui nous voulons tous mourir, Fera forger pour vous, traîtres à la Patrie, Les vils carcans de l'avenir.
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