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1896

Camille

Alexandre DUCROS

Comme une aube calme, sereine, Tes jours se levaient radieux, Et la muse d'or souveraine T'ouvrait le temple de ses Dieux.

A peine à sa première stance, Ta jeune et paisible existence Était un chant de Floréal ! Et tes heures, hélas, trop brèves,

S'écoulaient pures, dans les rêves Du Beau, du divin Idéal ! Tout n'était que promesse et joie ; L'espoir fleurissait dans ton cœur,

Nul caillou n'encombrait la voie, Où se posait ton pied vainqueur. A l'horizon que rien ne voile, Ton regard contemplait l'étoile

Dont l'avenir s'illuminait. Des rayons de l'astre splendide Qui devait te servir de guide, Ton jeune front se couronnait !

Mais tout à coup un vent d'orage, Présageant les sombres douleurs, Sur l'étoile jette un nuage, Qui te dérobe ses lueurs !

Et le sourire de tes lèvres S'efface sous les pâles fièvres ; Ton front se penche, et de ta main, La lyre, ô Camille, s'échappe,

Et voilà que la mort te frappe, A peine au début du chemin ! Jeunesse, espoir, rêves superbes, Rêves d'une âme de vingt ans,

Se sont flétris comme les herbes, Au souffle mortel des antans ! La maison s'emplit de ténèbres Et l'on entend des chants funèbres

Sur l'orgue, hier mélodieux ; Et la maison est désolée, Et ton départ, chère envolée, A mis des pleurs dans tous les yeux !

Tu t'en vas avec tes croyances, Sans avoir connu d'ici-bas Le doute, — ni les défaillances, De la vie et de ses combats !

Tu pars, souriante et bénie, Planer dans la sphère infinie D'éternelle sérénité ! Et Dieu vient parer l'ossuaire

Avec la neige, blanc suaire Qu'il étend sur ta chasteté !

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Camille · Alexandre DUCROS · Poetry Cove