C'est bien ! — Murat bâtonne et Bonaparte tue !
Qui donc ose parler encor de liberté ?
Pour l'étouffer vivante avant sa puberté,
Aux genoux de César, Brutus se prostitue !
France, courbe le front, plus de vaine fierté ;
Murat, Murât bâtonne et Bonaparte tue !
Mais où donc marchons-nous, que va-t-il advenir ?
Que sommes-nous, enfin ? peuple ou bêtes de sommes ?
Est-ce un cœur qui palpite en nos poitrines d'hommes,
Ou d'un cœur n'avons-nous rien que le souvenir ?
Non ! la peur nous terrasse ! Ah ! lâches que nous sommes !
Mais où donc marchons-nous, que va-t-il advenir ?
Oh ! ces Napoléon ! il leur faut les mains rouges !
A Vincennes, Boulogne et jusqu'en leur hôtel !
— « A moi, prince ; tu viens présenter un cartel ?
Voici mon revolver, je fais feu si tu bouges. »
Et Noir tombe aussitôt frappé d'un coup mortel !
Oh ! ces Napoléon…, il leur faut les mains rouges !
Avais-tu bien le droit de tuer cet enfant !
Venait-il en son nom relever un outrage ?
Il venait simplement s'acquitter d'un message ;
Il venait, comme ceux que leur mandat défend,
Sommer ta loyauté, parler à ton courage…
Avais-tu bien le droit de tuer cet enfant ?
Les princes aujourd'hui se font tueurs en chambre.
Oh ! l'indignation nous saisit, nous étreint.
Le grand jour leur fait peur ; on le fuit, on le craint,
On ne massacre plus ainsi qu'au Deux Décembre,
Par la rue et les quais le Peuple souverain…
Les Princes aujourd'hui se font tueurs en chambre !