Quand cet hymne comme un tonnerre, Gronda dans l'âme de Rouget, La tyranie encor forgeait Des armes pour le mercenaire ;
Bien des siècles d'oppression Tenaient les peuples en servage. Partout le stupide esclavage Déshonorait les nations.
Comme la cavale farouche, Qui sous l'éperon d'or bondit, La France, en se cabrant, mordit Le frein qui lui tordait la bouche !
Elle eût des appels de lion, Et convia, superbe, altière, Les peuples de l'Europe entière, A sa sainte rébellion !
Mais les peuples, dans l'ignorance, Ne comprirent pas ses accents, Et sous le bâton des puissants, Us marchèrent contre la France !
Ils voulaient renverser l'autel De notre liberté naissante !… Mais soudain de sa voix puissante, Rouget jette un chant immortel ;
L'hymne sacré de la Patrie ; La Marseillaise ! — Son refrain Dominant les canons d'airain, Des rois va braver la furie !
Et les outrages essuyés, Les hontes vingt fois séculaires, Par l'hymne des saintes colères, Avec les rois sont balayés !
Ce noble chant qu'on nous jalouse, Peuple, ne le profane pas ! Il fit affronter le trépas, Aux hommes de Quatre-vingt-douze
A vaincre ou mourir toujours prêts, Quand leur sang coulait aux mitrailles, Ils l'entonnaient ! — Et tu le brailles, Quand le vin coule aux cabarets !
Tu profanes ses origines, En le hurlant à tous propos. C'est lorsque flottent nos drapeaux, Qu'il doit sortir de nos poitrines ;
Ce n'est qu'à l'heure du danger, Que, suprême cri d'espérance, Il doit — entonné par la France, Faire reculer l'étranger !
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