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1854

A MA NIÈCE

Alexandre DUCROS

Petite enfant, chacun s'empresse De te sourire tour-à-tour. Pour toi, baisers, tendre caresse Sont prodigués avec amour.

Si tu pleures, on te console Par des doux mots, et doucement Le chagrin loin de toi s'envole… Ah ! que ne suis-je encore enfant !

Tu ne connais que les doux charmes Que l'on répand sur ton berceau. Si parfois tu verses des larmes, Après, ton sourire est plus beau.

Nul ami ne calme ma peine ; Nulle main vers moi ne se tend ; De noirs chagrins mon âme est pleine. Ah ! que ne suis-je encore enfant !

Tu ne demandes qu'à sourire, Tu ne demandes que des jeux. Homme, aujourd'hui, moi je soupire, Quand tout enfant j'étais heureux.

Homme, j'ai connu les alarmes ; Enfant, j'étais insouciant : Je riais !… Je verse des larmes !… Ah ! que ne suis-je encore enfant

La croyance était sur ma route (Car, innocent, on croit à tout), Mais l'âge a fait naître le doute ; Homme, la foi n'est plus debout.

Les rêves d'or de mon enfance, Rêves bénis que j'aimais tant, Ont fui devant l'indifférence… Ah ! que ne suis-je encore enfant !

Comme toi, j'ai cru que la vie N'aurait jamais que de beaux jours… J'ai pris sa coupe… hélas ! la lie A ma lèvre se pend toujours !

Pour apaiser ma soif brûlante, Je voulus y boire en passant… De son poison la marche est lente !… Ah ! que ne suis-je encore enfant !

Comme toi, sous le vert feuillage, J'irais courir, et, sans effroi, Au flot limpide du rivage J'irais me mirer comme toi…

Je n'aimerais que la voix douce De l'oiseau qui redit son chant ; J'aimerais fleur, fruit ruisseau, mousse… Que ne peux-tu rester enfant !

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