Bon ! voilà que le Char accroche…
Oh ! mes amis, quel aria !
On tire à droite, on tire à gauche,
Fouette cocher ! « à hue ! à dia ! »
Et le pauvre diable qu'on mène,
Par les cahots est ballotté,
Et sur le mont ou dans la plaine,
Il penche toujours d'un côté.
Soit qu'il suive la ligne courbe,
Ou la ligne droite, — ma foi,
Le Char de plus en plus s'embourbe,
L'équipage est en désarroi.
Lorsque l'un veut pousser la roue,
L'autre devant met un caillou,
On s'agite, on crie, on s'enroue,
Et l'on va… se rompre le cou !
Tandis qu'ils s'échauffent la bile,
Tandis que leur colère bout,
Le Char, hélas ! reste immobile,
Le Char n'avance pas du tout !
Et trois voyageurs qui le suivent,
Trois voyageurs allant à pied,
Plus vite que le Char arrivent
Au but, où chacun d'eux s'assied.
Est-il besoin que je le nomme,
Ce Char, orgueil d'un potentat ?
C'est celui que Joseph Prud'homme
Appelait le Char de l'État,
Ses conducteurs ? le Ministère,
L'imprudente majorité,
L'un veut faire trop de manière,
L'autre a trop de brutalité.
Pour finir faut-il que j'explique
Les trois piétons ? en vérité,
C'est d'Orléans, la République,
Avec la Légitimité.
Sans être devin ni prophète,
Que ça cahote encore un peu,
Une fois arrivés au faîte,
La République aura beau jeu !