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1867

PROLOGUE

Léon DIERX

J'ai détourné mes yeux de l'homme et de la vie, Et mon âme a rôdé sous l'herbe des tombeaux. J'ai détrompé mon cœur de toute humaine envie, Et je l'ai dispersé dans les bois par lambeaux.

J'ai voulu vivre sourd aux voix des multitudes, Comme un aïeul couvert de silence et de nuit, Et pareil aux sentiers qui vont aux solitudes, Avoir des songes frais que nul désir ne suit.

Mais le sépulcre en moi laissa filtrer ses rêves, Et d'ici j'ai tenté d'impossibles efforts. Les forêts ? Leur angoisse a traversé les grèves, Et j'ai senti passer leurs souffles dans mon corps.

Le soupir qui s'amasse au bord des lèvres closes A fait l'obsession du calme où j'aspirais ; Comme un manoir hanté de visions moroses, J'ai recélé l'effroi des rendez-vous secrets.

Et depuis, au milieu des douleurs et des fêtes, Morts qui voulez parler, taciturnes vivants, Bois solennels ! J'entends vos âmes inquiètes Sans cesse autour de moi frissonner dans les vents.

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