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1867

L'ORGUEIL

Léon DIERX

Monts superbes, dressez vos pics inaccessibles Sur le cirque brumeux où plongent vos flancs verts ! Métaux, dans le regret des chaleurs impossibles, Durcissez-vous au fond des volcans entr'ouverts !

— Hérisse, amer orgueil, ta muraille rigide Sur le cœur que des yeux de femme ont perforé ! Désirs inassouvis, sous cette fière égide, Mornes, endormez-vous dans le sommeil sacré !

— L'antique orage habite, ô monts ! Dans vos abîmes, Et prolonge sans fin sous les cèdres vibrants Les sonores échos de ses éclats sublimes, Et des troncs fracassés qu'emportent les torrents.

— Orgueil, derrière toi l'amour est là, qui gronde Toujours, et fait crier l'ombre des rêves morts, Aux lugubres appels de l'angoisse inféconde Et des vieux désespoirs perdus dans les remords.

— Sur les ébranlements, les éclairs, les écumes, Pics songeurs, vous gardez votre sérénité. Du côté de la plaine, ô monts ! Vierges de brumes, Vos sommets radieux baignent dans la clarté.

— Sur les déchirements, les sanglots, les rancunes, Fermez, orgueil, fierté, votre ceinture d'or. Du côté de la vie aux rumeurs importunes Reluisez au soleil, et souriez encor !

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