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1830

UNE REINE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Un Barde a vu sa reine fugitive ; Il dit qu’un luth, exprimant sa douleur, De son retour avertissait la rive Où la rappelle un trône… ou le malheur.

Lorsque sa voix, et peut-être ses larmes, Faisaient pleurer les tristes matelots, Elle n’oppose à de perfides armes Que ce murmure apporté par les flots :

God save the King !God save the King ! J’avais quitté les liens de l’enfance, Pour me parer des chaînes de l’amour. Aimer son maître est sans doute une offense,

Puisqu’à ma vie il n’a souri qu’un jour. Lorsque des pleurs roulaient sous ma paupière Et retombaient lentement sur mon cœur, Mon cœur tout bas mêlait à sa prière

Cette prière encor pour mon vainqueur : God save the King !God save the King ! Seule souvent au berceau de sa fille, Formant des vœux qui n’étaient plus pour moi,

Je lui disais : « À ma noble famille Mon jeune hymen n’offrira-t-il que toi ? » Cachant alors mes pleurs sous ma couronne, D’un chant d’amour je berçais son sommeil ;

Et de ce chant dont la rive résonne, Ma voix toujours salua son réveil : God save the King !God save the King ! Sur mon front triste, abattu, mais sans crainte,

On cherche en vain la trace d’un remord ; Jamais mon front n’en recevra l’empreinte, Et je la laisse à qui rêve ma mort. Qu’au moins la mort m’attende à ton rivage,

Ô beau pays qui vit mes plus beaux jours ! En d’autres jours si tu vois mon naufrage, Dis que ta reine au moins chanta toujours : God save the King !God save the King !

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