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1830

UNE ONDINE

Marceline DESBORDES-VALMORE

La rivière est amoureuse, Enfant ! n’y viens pas le soir ; Près d’Angèle la peureuse Va plutôt rire et t’asseoir.

Si l’eau jalouse en soupire, Ferme l’oreille à sa voix ; Car elle roule un empire Doux et mortel à la fois.

Chaque soir, ses bras humides Attirent quelque imprudent Qui, sous ses perles liquides, Vient plonger son cœur ardent.

Un miroir à la surface Sourit, trempé de fraîcheur ; Le pied glisse ; l’onde efface Le sourire et le plongeur !

Et la vierge fiancée Pleure au pied de l’élément Qui, dans la couche glacée, Berce à jamais son amant,

Cet amant, dont sa jeune âme Croit entendre les sanglots Murmurer : « Venez, ma femme, Dormir aussi sous les flots. »

Par le doux pater d’Angèle, Par ses yeux fervents d’amour, Par la croix ! par la chapelle Qui doit vous unir un jour,

Enfant ! l’onde est molle et pure, Mais elle a soif de nos pleurs ; La rive ombreuse est plus sûre ; N’en dépasse pas les fleurs !

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