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1830

UN BRUIT D’AUTREFOIS

Marceline DESBORDES-VALMORE

Quel bruit ! quel triste bruit s’échappe de la ville ? Écoute ! Ici, partout, il porte la terreur ! On ne rit plus déjà dans ce riant asile ; Ce bruit glace la danse, il arrête le cœur.

On dit que loin de nous la liberté s’envole ; On dit qu’il ne faut plus se taire ni parler, Qu’il faut peser trois fois le mot le plus frivole ; Liberté ! comme toi je voudrais m’envoler !

Ce bruit change en froideur l’amitié longue et tendre ; On s’observe, on se craint, on se fuit sans retour. Des frères qui s’aimaient ne savent plus s’entendre ; Juge de sa puissance ! il éteindrait l’amour.

Une larme, une fleur, donnée avec mystère, Peut nous causer l’exil, et c’est presque la mort ! Mon Dieu ! s’il ne faut plus ni parler ni se taire ; La pensée innocente aura l’air d’un remord.

On dit qu’au souvenir s’attache la défense. Hélas ! toutes nos voix vont-elles s’arrêter ? Oublîrons-nous le chant qui berça notre enfance ? Heureux l’oiseau du ciel : il peut fuir et chanter.

Que je plains les mortels ! que je me plains moi-même ! Sais-tu, veux-tu savoir ce que je deviendrais Si l’on me défendait de chanter ce que j’aime ? J’obéirais un jour, et le soir je mourrais.

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