Quel bruit ! quel triste bruit s’échappe de la ville ?
Écoute ! Ici, partout, il porte la terreur !
On ne rit plus déjà dans ce riant asile ;
Ce bruit glace la danse, il arrête le cœur.
On dit que loin de nous la liberté s’envole ;
On dit qu’il ne faut plus se taire ni parler,
Qu’il faut peser trois fois le mot le plus frivole ;
Liberté ! comme toi je voudrais m’envoler !
Ce bruit change en froideur l’amitié longue et tendre ;
On s’observe, on se craint, on se fuit sans retour.
Des frères qui s’aimaient ne savent plus s’entendre ;
Juge de sa puissance ! il éteindrait l’amour.
Une larme, une fleur, donnée avec mystère,
Peut nous causer l’exil, et c’est presque la mort !
Mon Dieu ! s’il ne faut plus ni parler ni se taire ;
La pensée innocente aura l’air d’un remord.
On dit qu’au souvenir s’attache la défense.
Hélas ! toutes nos voix vont-elles s’arrêter ?
Oublîrons-nous le chant qui berça notre enfance ?
Heureux l’oiseau du ciel : il peut fuir et chanter.
Que je plains les mortels ! que je me plains moi-même !
Sais-tu, veux-tu savoir ce que je deviendrais
Si l’on me défendait de chanter ce que j’aime ?
J’obéirais un jour, et le soir je mourrais.