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1860

TROP TARD

Marceline DESBORDES-VALMORE

Il a parlé. Prévoyante ou légère, Sa voix cruelle et qui m’était si chère A dit ces mots qui m’atteignaient tout bas : « Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas !

« Ne m’aimez pas si vous êtes sensible ; « Jamais sur moi n’a plané le bonheur. « Je suis bizarre et peut-être inflexible ; « L’amour veut trop : l’amour veut tout un cœur.

« Je hais ses pleurs, sa grâce ou sa colère ; « Ses fers jamais n’entraveront mes pas. » Il parle ainsi celui qui m’a su plaire… Qu’un peu plus tôt cette voix qui m’éclaire

N’a-t-elle dit, moins flatteuse et moins bas : « Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas ! « Ne m’aimez pas ; l’âme demande l’âme ; « L’insecte ardent brille aussi près des fleurs.

« Il éblouit, mais il n’a point de flamme ; « La rose a froid sous ses froides lueurs. « Vaine étincelle échappée à la cendre, « Mon sort qui brille égarerait vos pas. »

Il parle ainsi, lui que j’ai cru si tendre ! Ah ! pour forcer ma raison à l’entendre, Il dit trop tard, ou bien il dit trop bas : « Vous qui savez aimer, ne m’aimez pas ! »

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