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1830

SOUS UNE CROIX BELGE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Ni du furtif oiseau la voix mélodieuse Qui viendra de la tombe humer les tièdes fleurs ; Ni de ton frère enfant la prière de pleurs ; Ni, dans l’écho grinçant, la fanfare odieuse

Du despote glacé qui te pousse au tombeau, Jeune homme ! et de tes jours renverse le flambeau ; Ni les plombs courtisans qui moissonnent vos têtes, À vous ! sanglantes fleurs des royales tempêtes ;

Ni les rayons vivants de notre beau soleil, Ne réveilleront plus ton précoce sommeil ! Et la tonnante voix de leurs canons parjures Dont chaque bond proclame et signe les injures,

Et ma plainte de femme à ton astre tremblant, Qui tombe détaché dans l’orage sanglant ; Et cette voix d’amour en prière épuisée, Ce sanglot de mère brisée,

Qui dans le champ des morts cherchant son jeune lis, A crié d’un long cri : « Terre, rends-moi mon fils ! » Rien ne t’éveillera ; car ta couche est profonde. Ah ! sur trop de cyprès là liberté se fonde !

Ah ! mon Dieu ! trop de sang trempe un généreux fer ! Dans vos rêves éteints, dormez, belles victimes ; Laissez-nous l’esclavage, et laissez-leur les crimes. Le roi le plus dévot ne croit pas à l’enfer !

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