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1860

SIMPLE HISTOIRE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Tu m’as connue au temps des roses, Quand les colombes sont écloses ; Tes yeux alors pleins de soleil Ont brillé sur mon teint vermeil.

Souriante à ma destinée. Par la douce force entraînée, Je ne t’aimai pas à demi, Mon jeune ami, mon seul ami !

À l’étonnement de nos âmes, Tout jetait des fleurs et des flammes ; Une feuille, un bruit de roseaux Nous semblaient des hymnes d’oiseaux.

Quand ce beau temps sur notre tête Sonnait à chaque heure une fête, Nous n’étions mortels qu’à demi, Mon jeune ami, mon seul ami !

Puis tu t’en allas vers ta mère. Et la vie eut une ombre amère ; Autour de mon sort languissant, L’été même allait pâlissant.

Les roses me paraient encore ; Mais déjà, pleurant l’autre aurore, Je n’aimai plus rien qu’à demi, Sans mon ami, mon seul ami !

Un jour, l’invincible espérance Poussa ton vaisseau vers la France : Tu me ranimas sur ton cœur… Jeune, on ne meurt pas de bonheur !

Mais la guerre appelait tes armes… Sous tant de baisers et de larmes. Je ne t’ai revu qu’à demi, Mon jeune ami, mon seul ami !

Plus tard, un enfant du village Accourut, tout pâle au visage, Disant : « Voulez-vous le revoir ? Demain ce sera sans espoir.

Déjà les prières sont faites, Venez vite ; comme vous êtes… » Et je revins morte à demi. Mon pauvre ami ! mon seul ami !

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