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1830

SEULE AU RENDEZ-VOUS

Marceline DESBORDES-VALMORE

Ô menteur ! qui disait sa vie Nouée au fuseau de mon sort, Jurant au ciel que son envie Était de mourir de ma mort !

Éclos sous le feu de mon âme, Tremblant de s’y brûler un jour, Il jeta des pleurs sur la flamme : Ô menteur ! ô menteur d’amour !

« Je n’ai fait qu’essayer de vivre, » Criait l’ange aux légers serments : « J’apprends tout ! j’ai trouvé mon livre Imprimé dans tes yeux charmants.

Entre mon cœur et ta présence, Je ne peux plus porter un jour !… » Entre nous, il a mis l’absence : Ô menteur ! ô menteur d’amour !

Ivres d’un bonheur solitaire, Nos âmes ont touché les cieux ; Mais il est enfant de la terre ; Il s’y retarde, curieux !

Pour mon cœur plein de ses traits d’ange, Le monde est voilé sans retour ; Et sans lui, comme le ciel change ! Ô menteur ! ô menteur d’amour !

Je sais qu’une invisible chaîne Jette son aimant entre nous ; Je sais où finira ma peine ; Mais je vais seule au rendez-vous !

La route sans fleurs et sans charmes Fuira… Pour se rejoindre un jour, Doit-on passer par tant de larmes ! Ô menteur ! ô menteur d’amour !

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