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1830

SERAIS-TU SEUL ?

Marceline DESBORDES-VALMORE

Oh ! si j’avais de grandes ailes, Que je traverserais de lieux ! J’irais, sous mes plumes fidèles, Dans leurs pleurs essuyer tes yeux ;

Je m’abattrais sur ta fenêtre, Ou près de ton cœur endormi ; Toi, quand tu me verrais paraître, T’enfuirais-tu, mon seul ami ?

Non ! Tu subirais le prodige Qui rouvrirait les cieux pour nous ; Et, comme une fleur sur sa tige, Je tremblerais sur tes genoux ;

Puis, craintive comme une femme, Si je t’entraînais à demi, Pour ne plus déchirer notre âme Me suivrais-tu, mon seul ami ?

À minuit la lune rayonne, Et ma trace aurait un flambeau ; Vers tes pas, dont mon cœur frissonne, Dieu ! que le chemin serait beau !

Sous nos fleurs où, pleine de larmes, Ta voix dans ma voix a gémi, Gomme au temps dont j’ai fait les charmes, Serais-tu seul, mon seul ami ?

Mais le jour luit, mon rêve tombe ; Au soleil les rêves ont peur ; Et les ailes de ma colombe Vont seules te porter mon cœur.

Elle a respiré l’air où j’aime ; Dans mes bras son vol a frémi. Triste, comme un peu de moi-même, Caresse-la, mon seul ami !

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