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1860

RENONCEMENT

Marceline DESBORDES-VALMORE

Pardonnez-moi, Seigneur, mon visage attristé, Vous qui l’aviez formé de sourire et de charmes ; Mais sous le front joyeux vous aviez mis les larmes, Et de vos dons, Seigneur, ce don seul m’est resté.

C’est le moins envié, c’est le meilleur peut-être : Je n’ai plus à mourir à mes liens de fleurs. Ils vous sont tous rendus, cher auteur de mon être. Et je n’ai plus à moi que le sel de mes pleurs.

Les fleurs sont pour l’enfant, le sel est pour la femme ; Faites-en l’innocence et trempez-y mes jours. Seigneur, quand tout ce sel aura lavé mon âme, Vous me rendrez un cœur pour vous aimer toujours !

Tous mes étonnements sont finis sur la terre. Tous mes adieux sont faits, l’âme est prête à jaillir ; Pour atteindre à ses fruits protégés de mystère Que la pudique mort a seule osé cueillir.

Ô Sauveur ! Soyez tendre au moins à d’autres mères, Par amour pour la vôtre et par pitié pour nous ! Baptisez leurs enfants de nos larmes amères, Et relevez les miens tombés à vos genoux.

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