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1830

REGARDE-LE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Regarde-le, mais pas longtemps ! Un regard suffira, sois sûre, Pour lui pardonner la blessure Qui fit languir mes doux printemps.

Regarde-le, mais pas longtemps ! S’il parle, écoute un peu sa voix ! Je ne veux pas trop t’y contraindre ; Je sais combien elle est à craindre,

Ne l’entendît-on qu’une fois : S’il parle, écoute un peu sa voix ! Tu ne haïras plus son nom, Ce nom mêlé dans ma prière ;

Tu l’écouteras tout entière, Sans courroux, sans reproche : oh ! non ! Tu ne haïras plus son nom ! Au fond du cœur tu m’entendras,

Quand je dis : J’ai cessé de vivre ; Quand je refuse de te suivre ; Enfin, quand tu le connaîtras, Au fond du cœur tu m’entendras !

Tais-toi, s’il demande à me voir : J’ai pu fuir sa volage ivresse ; Mais me cacher à sa tendresse, Dieu n’en donne pas le pouvoir :

Tais-toi, s’il demande à me voir ! Si je l’accusais devant toi, Appelle un moment son image. Avec le feu de son langage,

Défends-le par pitié pour moi, Si je l’accusais devant toi !

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