Si porteuse d’ailes Je pouvais monter Où les hirondelles Volent s’abriter ;
Si l’ardent cantique Sorti de mon cœur, Du Carmel antique Allait au Seigneur :
Je n’y porterais pas une superbe aumône. Je n’ai rien. Mais plus près de ce roi qui pardonne, Je laisserais tomber les larmes de mes yeux Pour qu’il ouvre un Carmel à de chers malheureux.
Si porteuse d’ailes Je pouvais monter Où les hirondelles Volent s’abriter :
Sur les pieds du Seigneur je répandrais mon âme Il n’a repoussé, lui, ni l’enfant, ni la femme ; Et je lui montrerais n’ayant rameaux ni fleurs. Du sombre Saint-Michel les stagnantes douleurs.
Si porteuse d’ailes Je pouvais monter Où les hirondelles Volent s’abriter :
Des sinistres hauteurs de ce cloître rigide Où la loi va suspendre un sursis homicide. Épiant les cris sourds qui ne s’entendent pas. J’en remplirais mon cœur pour les crier là-bas !
Si porteuse d’ailes Je pouvais monter Où les hirondelles Volent s’abriter :
Des mères sans repos veuves de jeunes vies À leurs chers désespoirs saintement asservies, J’élèverais si haut les placets repoussés Que j’obtiendrais l’oubli des orages passés.
Si porteuse d’ailes Je pouvais monter Où les hirondelles Volent s’abriter :
J’irais, pour réchauffer ces cellules affreuses Où s’éteignent sans jour tant d’âmes malheureuses, J’irais, dans un amour à nul autre pareil, Porter, même au coupable, un baiser du soleil !
Si porteuse d’ailes Je pouvais monter Où les hirondelles Volent s’abriter :
Frère, à qui je confie une clameur timide. Vous qui montez toujours, charitable intrépide, Pèlerin tout chargé des trésors de la foi. Pour relever ses murs vous n’iriez pas sans moi.
Si porteuse d’ailes Je pouvais monter Où les hirondelles Montent s’abriter.
Allez donc prier Dieu de secouer la terre Afin d’en rejeter cette bastille austère. Oh ! comme il ouvrirait ses cachots étouffants ! Oh ! qu’il rendrait d’air pur à ses pâles enfants !
Si porteuse d’ailes Je pouvais monter Où les hirondelles Montent s’abriter ;
Si l’ardent cantique Sorti de mon cœur Du Carmel antique Allait au Seigneur !
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