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1830

PITIÉ

Marceline DESBORDES-VALMORE

Eh ! pourquoi ces clameurs, cet effroi, ces prières ? Va-t-il pour me troubler, franchir quelques barrières ? Songe-t-il si par lui mon sort fut triste… et doux ? Si mon cœur est paisible, ou volage, ou jaloux ?

Jamais de sa couronne une feuille légère Cherche-t-elle ma vie à sa vie étrangère ? Son nom seul fugitif et parfois caressant, Porté vers l’avenir, me salue en passant.

De lui, rien ! Peine affreuse et jamais exprimée ! Douleur toujours profonde et toujours renfermée ! Rapprochement cruel des jours purs et dorés, Par ses regards, bien plus que des cieux éclairés,

Avec ces jours d’exil, d’abandon, d’amertume, De regret qui déchire, et d’espoir qui consume ! Oh ! qu’il n’apprenne pas ces tourments infinis Dont les cœurs trop naïfs sont raillés et punis !

Et puis, ce n’est pas lui, c’est l’amour qui me tue. Il détacha son sort de ma vie abattue ; À présent, je descends un rapide chemin, Dans une sombre nuit où j’ai perdu sa main.

Il ne viendra jamais ; pourquoi le lui défendre ? Je l’ai haï ; qu’importe ? A-t-il voulu l’apprendre ? S’occupe-t-on toujours d’un danger qui n’est plus ? Vers des échos muets que de cris superflus !

Ah ! je me fais pitié, je pleure sur moi-même, Et je dis bien souvent : « Ce n’est plus lui que j’aime ! »

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