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1830

PARDON !

Marceline DESBORDES-VALMORE

Et toi, crois-tu comme eux le ciel inexorable ? Es-tu triste en songeant qu’il est fermé sur moi, Que mon éternité coulera misérable, Et qu’à force d’amour je l’oubliai pour toi ?

Le savais-tu déjà, lorsque tu m’as charmée, Que de plaire est un crime et d’entendre une erreur ? Pour l’oublier aussi tu m’as donc bien aimée ? Et le ciel, tout le ciel, n’était-ce pas ton cœur ?

Mais si Dieu n’a rien fait pour défendre qu’on aime, S’il n’a pas dit l’enfer au monde épouvanté, S’il n’est pas descendu pour l’annoncer lui-même, L’homme est donc bien méchant de l’avoir inventé !

Ne crains pas : j’ai langui dans un feu qui dévore ; J’ai porté ma couronne, et ma croix, et mes pleurs. Je mourrai loin de toi… que puis-je craindre encore ? Va, pour tous les tombeaux la nature a des fleurs.

Dieu n’a pas dit : « Brisez son fragile courage ! » Dieu fit le roseau faible, et l’air est son appui. L’espérance, c’est Dieu, même au sein de l’orage : Je suis roseau, je tremble… et je cherche après lui !

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