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1830

NE VIENS PAS TROP TARD !

Marceline DESBORDES-VALMORE

Sais-tu qu’une part de ma vie Me manque et retourne vers toi ? Où la tienne languit sans moi, Dis, sais-tu qu’elle t’a suivie ?

Pour qui te voit, béni soit Dieu ! Pour qui te perd, bonheur, adieu ! Quand de ta demeure isolée Tu franchis lentement le seuil,

De moi si ta vie est en deuil, Crois-tu la mienne consolée ? Pour qui te voit, béni soit Dieu ! Pour qui te perd, bonheur, adieu !

Le soir, quand ton foyer s’allume, Dans ses ondoyantes lueurs Vois-tu, comme à travers des pleurs, Que mon âme ainsi se consume ?

Pour qui te voit, béni soit Dieu ! Pour qui te perd, bonheur, adieu ! Si quelque étincelle plus vive Échappe au flambeau vacillant,

Comprends-tu l’avis consolant Que vers toi ce message arrive ? Pour qui te voit, béni soit Dieu ! Pour qui te perd, bonheur, adieu !

Le voilà : c’est mon âme entière ; Accueille-la d’an doux regard ; Viens aussi… ne viens pas trop tard, Rendre le jour à ma paupière.

Pour qui te voit, béni soit Dieu ! Pour qui te perd, bonheur, adieu !

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