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1830

NADÈGE

Marceline DESBORDES-VALMORE

Elle est aux cieux, la douce fleur des neiges ; Elle se fond au bord de son printemps. Voit-on mourir de si jeunes instants ! Mais ils souffraient, mon Dieu ! tu les abrèges.

Son sort a mis des pleurs dans tous les yeux ! C’était, on croit, l’auréole d’un ange, Tombée à l’ombre et regrettée aux cieux. D’un peu de vie, oh ! que la mort te venge,

Fleur dérobée au front d’un séraphin ! Reprends ton rang avec un saint mystère ; Et ce fil d’or, dont nous pleurons la fin, Va l’attacher autre part qu’à la terre !

Sous les frimas du nord tendre fleur enfermée, Dans la neige et le sang a germé ton destin, Lorsque aux plis du drapeau de notre vieille armée, Dieu lui-même abrita ton orageux matin,

L’incendie épura leur vieille et sainte gloire ; Toi, ton jeune parfum s’exhale vers les cieux. Nadège ! il restera frais à notre mémoire, Comme le doux regard où tremblaient tes adieux

À vingt ans. À vingt ans !

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