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1843

MOI JE LE SAIS

Marceline DESBORDES-VALMORE

Vous le saurez, la vie a des abîmes Cachés au loin sous d'innombrables fleurs : Les rossignols qui chantent à leurs cimes, Où chantent-ils dans la saison des pleurs ?

Vous le saurez, la vie a des abîmes Cachés au loin sous d'innombrables fleurs. Oui, la jeunesse est le pays des larmes ; Moi je le sais : j'en viens. Je pleure encor,

Le front vibrant de ses feux, de ses charmes ; Le cœur brisé de son dernier accord ! Oui, la jeunesse est le pays des larmes. Moi je le sais : j'en viens. Je pleure encor !

Lorsqu'on finit d'être jeune, on s'arrête ; À tant de jours on veut reprendre un jour : Ils sont partis et l'on penche sa tête. D'un tel voyage à quand donc le retour ?

Lorsqu'on finit d'être jeune, on s'arrête ; À tant de jours on veut reprendre un jour ! Souffrant tout bas de ses mille blessures, On croit mourir : voyez, on ne meurt pas.

De tous serpens Dieu guérit les morsures, Et le dictame est semé sous nos pas. Souffrant tout bas de ses mille blessures, On croit mourir : on plie, on ne meurt pas !

Rappelez-vous ce chant d'une glaneuse, Qui s'arrêta pour serrer votre main ; Et si du sort l'étoile lumineuse, Vous mûrit mieux les épis du chemin,

Rappelez-vous ce chant d'une glaneuse, Qui s'arrêta pour serrer votre main !

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