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1830

LES REGRETS

Marceline DESBORDES-VALMORE

J’ai tout perdu ! mon enfant par la mort, Et dans quel temps ! mon ami par l’absence, Je n’ose dire, hélas ! par l’inconstance ; Ce doute est le seul bien que m’ait laissé le sort.

Mais cet enfant, cet orgueil de mon âme, Je ne le devrai plus qu’aux erreurs du sommeil ; De ses beaux yeux j’ai vu mourir la flamme, Fermés par le repos qui n’a point de réveil.

Comme échappé du ciel, il passa dans le monde ; D’un ange il y montra la forme et les attraits. Pour payer ce moment de douceur sans seconde Mes pleurs doivent couler pour ne tarir jamais !

Tu t’es enfui, doux trésor d’une mère, Gage adoré de mes tristes amours ; Tes beaux yeux, en s’ouvrant un jour à la lumière, Ont condamné les miens à te pleurer toujours.

À mes transports tu venais de sourire ; Mes bras tremblants entouraient ton berceau ; Le sommeil me surprit dans cet heureux délire… Je m’éveillai sur un tombeau.

Moment affreux dont je suis obsédée, Pour vous tracer je n’ai force ni voix. Faut-il le perdre, à toute heure, en idée ! Mon Dieu ! pour en mourir c’est assez d’une fois !

C’est ici, sous ces fleurs, qu’il m’attend, qu’il repose C’est ici que mon cœur se consume avec lui. Amour, plains-tu les maux où ton délire expose ? Non ! tu nous fuis, ingrat, quand le bonheur a fui.

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