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1830

LES FLEURS

Marceline DESBORDES-VALMORE

Oh ! de l’air ! des parfums ! des fleurs pour me nourrir ! Il semble que les fleurs alimentent ma vie ; Mais elles vont mourir… Ah ! je leur porte envie, Mourir jeune, au soleil, Dieu ! que c’est bien mourir !

Pour éteindre une fleur il faut moins qu’un orage : Moi, je sais qu’une larme effeuille le bonheur. À la fleur qu’on va fuir qu’importe un long courage ? Heureuse ! elle succombe à son premier malheur !

Roseaux moins fortunés, les vents, dans leur furie, Vous outragent longtemps sans briser votre sort ! Ainsi, roseau qui marche en sa gloire flétrie, L’homme achète longtemps le bienfait de la mort !

Et moi, je veux des fleurs pour appuyer ma vie ; À leurs frêles parfums j’ai de quoi me nourrir. Mais elles vont mourir… Ah ! je leur porte envie ; Mourir jeune, au soleil, Dieu ! que c’est bien mourir !

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