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1830

LES AILES D’ANGES

Marceline DESBORDES-VALMORE

Vous aussi, vous m’avez trompée, Avec vos traits d’ange et vos pleurs ; Sous le charme de vos douleurs, Mon âme reste enveloppée.

De vos jours longtemps accablés, J’écartai les ombres cruelles ; Mais l’air pur fait frémir vos ailes, Bel ange ! et vous vous envolez.

Quand vos ailes alors tremblantes Viennent se reposer sur moi, Quand, à travers un peu d’effroi, J’accueillis vos peines brûlantes,

Entre vous et les cieux troublés J’étendis mes deux mains fidèles ! Sur mon cœur j’ai séché vos ailes, Bel ange ! et vous vous envolez.

Saviez-vous qu’une voix plaintive Pût toucher un cœur à la mort ? Étiez-vous triste du remord D’y rendre ma vie attentive ?

Où fuir, hélas ! quand vous parlez De pleurs, d’amitiés éternelles ? J’écoutais, j’oubliais vos ailes, Bel ange ! et vous vous envolez.

Charmez votre exil sur la terre, Sous d’autres cieux, par d’autres fleurs ; Allez ! Dieu comptera vos pleurs Au fond d’une âme solitaire.

Peut-être un jour vous reviendrez Y cacher des douleurs nouvelles : Mais vous aurez toujours des ailes ; Toujours vous vous envolerez.

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