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1860

LE VOISIN BLESSÉ

Marceline DESBORDES-VALMORE

L’autre nuit le voisin qui pleure Frappa pour me dire bonsoir : « Dormez, voisin, ce n’est plus l’heure ; On n’y voit plus : il faut se voir.

Je suis vous le savez une pauvre orpheline ; Je n’ai d’autre gardien que la vierge divine. » Mais il reprit si tristement : « Au pécheur Dieu donne un moment

De grâce avant le châtiment !… » Il dit cela d’un ton si grave Que sa voix me troubla le cœur, Et qu’à ce blessé doux et grave

Je répondis malgré ma peur : « Vous avez votre mère, et moi, pauvre orpheline J’en vais demander une à la vierge divine. Pourquoi dites-vous tristement :

Au pécheur Dieu donne un moment De grâce avant le châtiment ?… » « La grâce, c’est votre présence ! » Cria-t-il contre la cloison.

« Le châtiment, c’est votre absence. Et le ciel, c’est votre maison ! Je suis l’heureux voisin de la jeune orpheline Qui demande une mère à la vierge divine ;

C’est pourquoi je dis tristement : Au pécheur Dieu donne un moment De grâce avant le châtiment ! « Car vous partez avec l’aurore,

Et moi, blessé, je vais mourir… » — « Voisin, je ne pars pas encore Et si l’on pouvait vous guérir… Donnez-moi votre mère, et la pauvre orpheline

Ne demandera rien à la vierge divine. Ne dites donc plus tristement : Au pécheur Dieu donne un moment De grâce avant le châtiment ! »

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