« Ô mes enfants ! ne dansez pas. J’apporte une triste nouvelle : Tous vos frères meurent là-bas, Et notre honte se révèle :
Ils sont chrétiens et malheureux, Mes enfants ! que Dieu nous pardonne ! Pleurons sur nous, prions pour eux ; Notre bon roi les abandonne !
« On dit que vers nous, tous les jours, Ils tendent leurs mains suppliantes, Et qu’ils appellent au secours, Avec des bannières sanglantes.
Courez à leurs cris douloureux ; Que Dieu vous guide et nous pardonne. S’il est temps, combattez pour eux ; Notre bon roi les abandonne !
« Mes filles ! écartez ces fleurs ; Leurs enfants veulent des prières ; Tout baignés de sang et de pleurs, Ils tombent du sein de leurs mères.
Donnez vos croix ; qu’un or pieux Les sauve ! et que Dieu nous pardonne. Priez ! pleurez ! donnez pour eux ; Notre bon roi les abandonne !
« Mais le fer seul va délivrant ; Portez-en dans leurs nobles plaines, Puisque ce n’est plus qu’en mourant Que les peuples brisent leurs chaînes !
Si le fer rend victorieux, Eh bien ! pour que Dieu nous pardonne, Tout ce fer, donnons-le pour eux ; Notre bon roi les abandonne !
« Débile et sombre, un vieux roi franc, Aux enfançons portait envie, Et des flots de leur jeune sang Prolongeait sa hideuse vie.
Sous un maître non moins affreux, Ce peuple expire… et nous pardonne. Dieu des rois ! descendez sur eux ; Notre bon roi les abandonne !
« Mes fils, confiez vos troupeaux Aux femmes qui n’ont que des larmes ; Dieu soufflera dans vos drapeaux ; Son courroux bénira vos armes ;
Si le voyage est malheureux, Allez, et que Dieu nous pardonne. Allez, mes fils ! mourez pour eux ; Notre bon roi les abandonne ! »
Ainsi parle aux jeunes bergers Un vieillard qui rentre au village ; Et le plaisir, aux pieds légers, Fuit avec la danse volage.
Des échos enfin généreux Ont crié : « Que Dieu nous pardonne ! Priez pour nous ; mourons pour eux ; Notre bon roi les abandonne ! »
Cookies on Poetry Cove