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1830

LE SOMMEIL DE JULIEN

Marceline DESBORDES-VALMORE

C’était l’hiver, et la nature entière Portait son deuil, et redoublait le mien ; Je regagnais à pas lents ma chaumière, Les yeux fixés sur celle de Julien.

Un voile noir s’étendit sur la plaine ; Un triste écho fit aboyer mon chien ; Le vent soufflait et sa plaintive haleine, Disait aux bois : Julien, pauvre Julien !

Sur mon chemin je vis la lune errante : Qu’elle était sombre en parcourant le sien ! Je contemplai cette clarté mourante, Moins triste, hélas ! que les yeux de Julien.

Je m’endormis, de tant d’objets lassée ; Le ciel s’ouvrit,… et je n’entendis rien ; Mais tout à coup la cloche balancée Me réveilla, sans réveiller Julien.

Quand j’abordai sa sœur silencieuse, Sa main me dit : « Il repose, il est bien ! » Je voulus voir… Une larme pieuse M’apprit le nom du sommeil de Julien.

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