Saule de Sainte-Hélène, Comme un gardien pensif, Quand Dieu brise la chaîne De l'immortel captif,
Pourquoi, tendre verdure, Ce long murmure Plaintif ! Ambassadeurs du monde,
Armés des trois couleurs, Quand vingt vaisseaux sur l'onde L'emportent dans les fleurs, Pourquoi tes branches vertes,
Toutes couvertes De pleurs ? Oh ! laisse-lui mes larmes, Pauvre peuple ébloui ;
Crois-tu donc sous ses armes Qu'il renaisse aujourd'hui ? Va ! la mort n'a qu'une heure, Et je la pleure
Sur lui ! Quand le grand capitaine Se coucha sans retour Au flanc de Sainte-Hélène,
Ma feuille prit le jour : Depuis, je l'environne D'une couronne D'amour.
J'entourai sa grande ombre De liens innocens ; Il dormit calme et sombre Dans mes bras frémissans ;
Et pour lui, mon haleine Fut pure, et pleine D'encens ! Car de pitiés divines
La vierge pleura tant, Qu'elle enfla mes racines Sous le roc palpitant ; Et du bruit de ma sève
Rendit son rêve Content ! Pour apaiser son âme, Qui soupirait souvent,
J'imitai d'une femme LeRequiem fervent ; Et sur l'étroite pierre Une prière
D'enfant ! Quand la mer animée, Dans ses flots turbulens Simulait son armée
Et les tambours roulans, J'inondais sa mémoire De bruits de gloire Plus lents.
Du martyr d'Angleterre Honorant le tombeau, Sur ce Christ militaire _J'inclinai mon drapeau ;
Et vingt ans son étoile Ourdit mon voile, Plus beau ! Linceuil d'amour encore,
Je demande à couvrir Sa cendre que j'adore, Qu'il voulait vous offrir ; Je veux, comme lui-même,
Pour ce que j'aime, Mourir !
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