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1843

LE SALUT AUX MORTS

Marceline DESBORDES-VALMORE

J'aurai toujours une prière Pour le petit cercueil passant ; Une larme pour l'humble bière, Qui dit : Ton frère est là gisant !

Et si je n'ai croix ni couronne, Ni fleur, ni plus rien qui se donne, J'aurai, sous peine d'un remords, Le salut, doux peut-être au mort !

Mort béni ! la foule oppressive Ne troublera plus ton sommeil : Laisse-moi donc suivre pensive, Ton char qui se traîne au soleil.

Au fond du long rêve immobile, Peut-être de ma voix débile Le salut pieux descendra, Et ta cendre tressaillera !

Peut-être qu'à mon insomnie, Ton âme suspendue un soir, De sa pénitence finie, Viendra respirer et s'asseoir :

Puis, ouvrant doucement la porte, Du séjour où Dieu la remporte, Elle me dira : Ne crains rien : Les cieux sont grands ; les morts sont bien !

J'ai déjà tant d'âmes aimées Sous ce lugubre vêlement ! Tant de guirlandes parfumées Qui pendent au froid monument !

Par le souffle mortel atteintes, Tant de jeunes bouches éteintes, D'où mon nom sortait plein d'amour, Et qui m'appelleront un jour !

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